1 déc. 2010

San Diego : un monde en marche ?

"What the fuck is wrong with you guys ?!". Je vous l'ai dit, je suis américain maintenant. Je disais donc, "mais qu'est-ce qu'il ne tourne pas rond chez vous les amis ?" (pfff...)

Voilà 3 jours que je suis à San Diego et j'ai maintenant confirmation : personne ne marche ici. Voyez-vous (je vous demande de voir !!!), tout est fait pour renier votre condition de bipède. J'ai décidé donc de faire de même et de m'arrêter pour observer plus attentivement les moyens utilisés ici pour ne jamais avoir à marcher.

Bon, premièrement : la voiture. Laissez tomber, c'est simplement fon-da-men-tal ! Impossible de circuler en transports en commun, il n'y en a quasiment pas (quelques lignes de tramway, quelques bus et pas de métro). Ainsi, le San Diegain - comme bon nombre de ses compatriotes - vit à travers sa voiture. Sans elle, il perd sa condition d'homme libre et se tourne nécessairement vers des substituts innovants que je listerai plus bas. Vous apprendrez plus sur une personne en lisant les stickers au cul de sa voiture qu'en parlant avec elle dans un bar. Je bois d'ailleurs maintenant mes bières accroupi sur des parkings, c'est plus fun. Opinions politiques, niveau d'étude de ses enfants, religion, sport, humour, tout y est ! Vous aurez également plus de chance de trouver du feu en arrêtant une voiture dans la rue qu'en attendant de croiser un fumeur. Bon, je vous accorde que faire du car jacking pour demander l'heure ou son chemin n'est pas sans risque (ils ont très peur des bipèdes).

Que fait donc le San Diegain quand il ne conduit pas ? Attention, l'éventail est large et ne manque pas d'imagination. Tout d'abord, il continue de rouler, j'attends d'ailleurs d'en voir faire des roulades dans la rue ce qui serait pour le coup vraiment fun. Bref, pour rouler donc : skate board (je vous épargne la liste des nombreux types de modèles qui existent), beach bikes, rollers, Segways, fauteuils roulants (électriques de préférence), trottinettes... Le nombre de roues varie mais l'homo-californius reste en translation par rapport au sol, ça le rassure, il est content.

Tout comme chez nous, les enfants sont habitués très tôt à ne pas marcher et comme chez nous, ils mordillent leurs orteils dans des poussettes en sirotant leur biberon. Particularité locale, quasiment toutes les poussettes ont trois grosses roues pour permettre naturellement au pousseur de continuer à rouler (voir à courir si ces derniers n'ont pas perdu tous leurs orteils depuis le temps). Maman fait du roller, Papa fait du vélo et bébé sirote sa bière dans un sac marron et mange des chips et ses orteils. La famille San Diegaine est contente et en plus il fait beau.

Tout comme chez nous (encore), ils ont des vieux. Oui mais leurs vieux n'ont pas de canne puisqu'ils ont des déambulateurs faisant ainsi d'eux des hexapèdes et non des tripèdes. Comme vu plus haut, ils utilisent également des fauteuils roulants souvent électriques et conduisent d'une main pendant qu'ils essayent encore de manger leurs orteils pensant qu'ils s'agit de chips.

Tout comme chez nous (toujours), ils ont des SDF. Oui mais des SDF en beach bikes (si si, j'en ai vu) ou bien encore une fois, en fauteuils roulants (mais alors là, pas électriques du tout, c'est chiant faut s'aider des bras et si quelqu'un vous pousse il doit rouler et courir en même temps, on a plus temps de demander un dollar, bref pas cool...). Ils ne manquent en tout cas pas d'imagination et certains estropiés n'hésitent pas à détourner des skates pour toujours continuer de... Rouler (bravo, y en qui suivent).

Fatigués de rouler, certains ont décidé de prendre le large et de glisser sur l'eau ou de ramer sur de longues planches. Vous les avez reconnu : les immigrés clandestins mexicains fatigués de se faire tuer à la frontière puisque rendez-vous compte (je vous demande vous rendre compte !!!) ils osent marquer d'entrée leur différence en entrant sur le territoire.. en marchant ! Ca c'est de la violation de territoire ! C'est d'ailleurs pourquoi la plupart des clandestins passe la frontière en courant pour montrer à quel point ils souhaitent devenir comme tout américain : un non marchant.

C'est à force de marcher dans des quartiers animés mais sans passants que j'ai compris ce que faisait le San Diegain quand il ne roulait pas. Il se réuni entre copains dans de grandes salles éclairées au néon avec de la musique d'écervelé et s'agite sur des machines très sophistiquées afin de rester toujours en mouvement. Ma préférée est celle créée par un kinésithérapeute qui souhaitait retrouver l'usage de la marche pour aller jusqu'au frigo. Aaah si, je suis sûr que vous voyez ! C'est celle qui a de grand bras donnant l'impression qu'on "marche" sur place dans les airs avec un grand sourire figé parce que "marcher sans s'aider des bras, c'est pioufff... vraiment trop trop dur !"

Aller, je vais quand même rendre hommage à tous ceux qui lorsqu'ils ne roulent pas, courent. Même le surfeur qui n'aime ni marcher ni rouler, court depuis sa voiture vers la plage avec sa planche sous le bras. S'il ne le fait pas c'est simple, il aura l'air d'un con. Reconnaissons que ce sont d'ailleurs les coureurs qui s'apparentent le plus aux marcheurs et si vous avez de la chance, vous en trouverez même parfois qui marchent ! Mais n'essayez pas d'aller leurs parler, c'est qu'ils ont un point de côté suraigu ou qu'ils sont en pleine crise d'asthme.

Pour résumer et pour vous vous faire gagner un peu de temps si d'aventure vous souhaitiez venir à SD. 1. Si vous voyez un piétons, méfiez-vous il est suspect. 2. Si vous voulez rencontrer des gens, aller sur un parking 3. Si vous voyez un attroupement de bipèdes à l'arrêt dans la rue, ils attendent le bus.

Darwin avait certainement dû passer des vacances à SD pour alimenter sa théorie de l'évolution. En effet, cette aversion pour la marche a modifié en profondeur l'anatomie de tous ces pieds inutiles dont voici une radio :

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